Le véritable "saut dans le vide" se produisit un jour de grande révolte à l’encontre de ces maîtres que je vénérais tant. Ils me demandaient de méditer, ils me demandaient d’être. Un jour, j’ai eu la folle envie de faire l’inverse, au lieu d’essayer d’être j’ai essayé de ne pas être. C’est alors que je me suis rendu compte que cela m’était absolument impossible. J’ai aussitôt réalisé qu’il était un regard qui savait que j’étais, qu’il était un regard tapis juste derrière moi qui me voyait méditer, me lever le matin, faire mes courses comme faire la vaisselle, que c’était ce même regard qui jadis me voyait lutter afin de tenter de m’établir dans la vision sans tête. Je réalisai du même coup que ce regard que je pourrais définir par un « être vision », avait toujours été là, qu’il n’était pas lié au corps mais qu’il était pur espace « entre guillemets » accueillant ce corps, une sorte de « vision contenante » (je sais ce mot n’est pas dans le dictionnaire mais ce n'est pas bien grave).

Le plus saisissant, c’est qu’en raison de l’ancienne identification je ne ressentais pas cette vision comme étant moi, mais à la fois je savais au plus profond de mon être qu’elle était pleinement moi. L’ancienne identification me faisait voir un témoin alors qu’elle n’a absolument rien de personnel pour pouvoir être un témoin. Cependant, une chose était sûre, je savais que j’étais et ce qui le savait était pleinement moi. Selon ma terminologie, un « Suis » sans le « Je » de « Je suis » Le sentiment de présence sans un moi qui soit présent, on peut aussi dire plus simplement que le sentiment moi pris alors un sens totalement différent...

Franck Terreaux